DOUBLE TROUBLE

Daniela Baldelli, Cécile Bicler, Jonathan Binet, Naomi B. Cook, Jagna Ciuchta, Odyssée Dao, Florence Gourier, Adrien Lamm, Markus Lichti, Katherine Oh, Antoine Petel, Justine Ponthieux, Patricia Reinhart, Chiharu Shiota, Jeanne Susplugas, Motoko Tachikawa, Rada Tzankova, Silja Yvette

12 décembre 2020 - 28 mars 2021
Vernissage : 12 et 13 décembre 2020 13:00-19:00

Commissariat : Gabriela Anco

L'exposition DOUBLE TROUBLE réunit 18 artistes d'horizons divers dans un accrochage autour de l'idée de dualité, de la présence et de la projection.
Chaque artiste contribue avec une œuvre reflétant sa position sur le sujet.
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​The exhibition DOUBLE TROUBLE reunites 18 artists of various backgrounds in a show revolving around the idea of duality, presence and projection.
Each artist contributes with an artwork reflecting their position on the subject.
Chiharu Shiota's limited editions are provided by Markus Gell Edition.

Photo: Anmol Chopra

Photo: Anmol Chopra

DOUBLE TROUBLE

Une ombre, un reflet, un souffle.

Une des grandes hypothèses du début de l’humanité serait le moment où l'homme ait pris connaissance de sa mort.
L'être et le non-être. L’aujourd'hui et demain. L'inévitabilité.
Cet écrasant mystère que l’homme a rencontré à l'époque, il y a plus de 300 000 ans(1), reste encore au sommet de nos préoccupations existentielles : on se demande toujours, que se passe-t-il après notre mort ?

​L'homme pourrait comprendre que la mort survient, que d'autres personnes meurent, d'autres animaux, plantes, idées, inventions, pensées - mais l'homme n'a jamais compris sa propre mort, pas d'une manière empirique, car l'homme ne sait pas ne pas être.
La nature humaine est curieuse, ambitieuse, rigoureuse et sûrement impatiente et inventive. Nous avons besoin de réponses immédiates pour toute question. « À déterminer » n'est pas une option. Ou si, néanmoins, mais une, vouée à l'absurde, par nos esprits rationnels, et uniquement comprise par des personnages comme Vladimir et Estragon.

Si les réponses ne sont pas là, elles doivent être « trouvées ».
Le double a dû être dompté pour alléger la peine imposée par le paradoxe de l'être et du non-être.

Une ombre, un reflet, un souffle.

Ce compagnon fidèle nous a suivi à travers la constante évolution du temps, de la géographie, des religions, des cultures, de la politique et du climat.

La plus grande des dualités de l'humanité, qui a su ensuite se transformer en écrasants dogmes religieux divisant le monde entre le bien et le mal, venait précisément de cette nécessité de déchiffrer la non-existence. C'est devenu le négatif du positif, le faux-jumeau, l’autre.

Magiquement, quelque chose d'inimaginable a été offert aux humains - une double existence, car l'autre n'est autre que vous.
On peut faire du bien et du mal en même temps, mais on peut aussi faire du bien tout en faisant du mal, ou faire du mal, tout en faisant du bien. L'éternelle question du meurtre d’un autre homme au nom de la religion, du patriotisme, de la défense résulte précisément de ce conflit.

Cette condition a été ainsi préservée depuis. Aujourd'hui, nous continuons à vivre simultanément en tant que personnes, citoyens, humains, adhérant souvent à des attitudes contradictoires au sein de cette double, triple, quadruple existence.
Nous respectons l’environnement - sans abandonner notre confort. Nous restons fidèles à nos principes politiques jusqu'à ce que des sponsors des parties opposées nous offrent de l'aide. Nous mettons la vie avant tout et nous cédons aux habitudes qui tuent.

C'est ici que l’on voit se matérialiser l'essence schizophrénique de l'humanité, les pôles perpétuellement opposés, ceux de notre espèce et de notre société. Contrairement aux animaux, dont les actions s'homogénéisent toutes dans la direction de la préservation de leur espèce, les humains adoptent de manière périodique et consciente des comportements qui nuisent à eux-mêmes et à leur environnement, tout afin d’ensuite panser ces blessures et de subsister jusqu'à la reprise du cycle.

La complexité humaine réside précisément dans ce cycle de la vie et de la mort, le combat simultané et perpétuel de ces entités opposées et tout de même vitales à notre continuité.

Les souhaits et les besoins.
Les désirs et les instincts.
L’humain et le double.

Tout ce qui est dispersé et spécialisé dans les espèces animales, se retrouve en l’homme « omnivore » : tous les goûts sont dans les deux natures, l’humaine et l’autre.

​Edgar Morin, L’homme et la mort

(1) Si l’on adhère à l’hypothèse que la plus ancienne sépulture retrouvé serait celle du site archéologique de Sima de les Huesos, Atapuerca, Espagne et date de 350,000 av. J.-C.

DOUBLE TROUBLE

A shadow, a reflection, a breath.

One of the great hypothesis of the starting point of humanity would be the moment when man acknowledged his own death.
The being and the non-being. The today, and the tomorrow. The inevitability.
An overwhelming mystery man encountered then, over 300,000 years ago(1) is still at the top of our existential questions and worries today: what happens after we die?

Man might understand that death occurs, that other people die, other animals, plants, ideas, inventions, thoughts - but man has never understood his own death, not in an empirical way, for man does not know how not to be.
Human nature is curious, ambitious, rigorous and surely impatient and inventive. We need answers for everything and we need them now. A “to be determined” is not an option. Or an option nonetheless, however doomed utterly absurd by our rational minds and only understood by the likes of Vladimir and Estragon.

If answers are not there, they are to be “found”.
It was in this context that the double must have been embraced, to aid a suffering nonsense paradox of simultaneous being and non-being.

A shadow, a reflection, a breath.

The trusted companion followed along throughout ever evolving times, geography, religions, cultures, politics, climate.

The biggest duality of humankind which later mutated into the overwhelming religious dogmas dividing the world into good and bad came precisely from this necessity to decipher the non-existence. It became a negative to the positive, a non-matching twin, the other.

Magically, something unimaginable was offered to humans - a double existence, for the other is no other but you.
One could be good and bad at the same time, yet one could also be good by being bad, or bad, by being good. The eternal question of killing another man in the name of religion, patriotism, defence, results specifically out of this contradiction.

This condition was preserved ever after. Today, we synchronously continue living as persons, citizens, humans, often adhering to conflicting attitudes within this double, triple, quadruple existence.
We cherish the environment, yet we do not give up our comfort. We stand by our political principles until sponsors of opposing views offer help. We put life above all and we give in to killing habits.

It is here that we see materialise the schizophrenic essence of humanity, the ever colliding, opposing poles of our species and our society. In contrast to animals, whose actions are all homogenising into one direction - that of the preservation of their species - humans will periodically consciously endeavour in behaviours harming themselves and their environment, in order to later patch those wounds and subsist until the cycle resumes.

The human complexity lies precisely in this cycle of life and death, the simultaneous and perpetual fight of these opposing, yet vital entities to our continuity.

The wishes and the needs.
The desires and the instincts.
The human and the double.

Everything that is dispersed and specialised in animal species is found in the "omnivorous" man: all tastes are of two natures, the human and the other.

Edgar Morin, L’homme et la mort


​(1) If to adhere to the hypothesis that the earliest intentional human burial dates from 350,000 BC based on the archeological findings in Sima de les Huesos, Atapuerca, Spain.

 
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